IA & DeepTech · 05/09/2026

Nvidia rachète Hugging Face pour 12,93 milliards de dollars : la vitrine où OVHcloud (Roubaix) vend son inférence change de propriétaire — ce que les PME des Hauts-de-France doivent vérifier avant 2027

Le 2 septembre 2026, Nvidia a signé le rachat de Hugging Face pour 12 930 300 000 dollars, clôture attendue au premier semestre 2027. Au-delà du débat sur le capital français, la plateforme est depuis 2025 une place de marché de calcul où OVHcloud, dont le siège est à Roubaix, vend son inférence — huit modèles, dont cinq d'Alibaba. Lecture du dépôt SEC, du risque que Nvidia signale elle-même, et six vérifications pour les PME des Hauts-de-France.

Nvidia rachète Hugging Face pour 12,93 milliards de dollars : la vitrine où OVHcloud (Roubaix) vend son inférence change de propriétaire — ce que les PME des Hauts-de-France doivent vérifier avant 2027
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Le 2 septembre 2026, Nvidia a signé l'accord définitif de rachat de Hugging Face, la plateforme qui héberge l'essentiel des modèles d'intelligence artificielle « ouverts » de la planète. Le prix — 12 930 300 000 dollars, soit environ 11,1 milliards d'euros au taux de référence de la Banque centrale européenne du 4 septembre — a été confirmé le lendemain par Jensen Huang, le patron du fabricant de puces, et par un document déposé auprès du gendarme boursier américain, la SEC. La clôture est attendue au premier semestre 2027, sous réserve des autorisations réglementaires. En France, le débat s'est immédiatement porté sur le capital : trois fondateurs français, aucun fonds de capital-risque français au tour de table, et un ministre de l'Économie qui parle de « signal de réveil ». Ce papier prend un autre chemin. Il regarde ce que change concrètement le rachat pour les entreprises des Hauts-de-France qui utilisent Hugging Face — et pour celle qui y vend : OVHcloud, dont le siège est à Roubaix, est l'un des dix-neuf « fournisseurs d'inférence » référencés sur la plateforme, et le seul domicilié dans la région. Depuis le 2 septembre, la vitrine sur laquelle le nuagiste roubaisien propose ses modèles appartient, sous réserve du closing, à une entreprise qui a elle-même de la puissance de calcul à vendre. Voici ce que ce papier ajoute : la lecture des engagements pris noir sur blanc dans le dépôt SEC, le décompte des modèles qu'OVHcloud sert aujourd'hui via Hugging Face — et leur origine —, le risque que Nvidia signale elle-même à ses actionnaires, et six vérifications à faire cette semaine pour une PME régionale dont un outil dépend de la plateforme.

L'essentiel en six faits datés

  • 2 septembre 2026 — signature de l'accord définitif entre Nvidia Corporation et Hugging Face, Inc. (dépôt SEC « 8-K », signé le 3 septembre par Colette Kress, directrice financière).
  • 3 septembre 2026 — billet public de Jensen Huang : 12 930 300 000 dollars, dont environ 11,9 milliards aux actionnaires et jusqu'à 1 milliard en actions de rétention pour les salariés qui rejoignent Nvidia.
  • Clôture attendue au premier semestre 2027, sous réserve des « autorisations réglementaires requises ».
  • Engagements écrits : la plateforme reste ouverte, chacun peut téléverser et télécharger les modèles de son choix, et Hugging Face continue de « soutenir d'autres fabricants de puces ». Le calcul Nvidia « ne sera pas requis » pour y construire ou y déployer.
  • Ce que la plateforme pèse : plus de 18 millions de développeurs, 3 millions de modèles, 500 000 jeux de données, 1 million d'applications, plus de 200 000 entreprises utilisatrices (chiffres Nvidia).
  • Le lien régional : OVHcloud (Roubaix) est « Inference Provider » sur Hugging Face depuis le 24 novembre 2025 ; huit modèles y sont routés vers ses serveurs au 5 septembre 2026, dont cinq d'Alibaba.

Ce qui a été signé, lu dans le document déposé à la SEC

Le communiqué est de Jensen Huang ; le document qui fait foi est le formulaire 8-K déposé par Nvidia auprès de la Securities and Exchange Commission. Il est court, et il dit trois choses que le billet de blog ne dit pas avec la même précision. La première est la structure du prix : « environ 11,9 milliards de dollars payables aux actionnaires de Hugging Face, sous réserve de certains ajustements », plus « un programme de rétention en actions pouvant atteindre environ 1,0 milliard de dollars pour les salariés de Hugging Face rejoignant Nvidia ». Le milliard de rétention n'est pas un prix d'achat : c'est une promesse conditionnée au fait de rester. La deuxième est la nature de l'engagement d'ouverture. Nvidia « s'est engagée, entre autres, à maintenir la plateforme de Hugging Face ouverte, conformément aux pratiques existantes de Hugging Face ». Le texte précise ce que cela recouvre : Hugging Face « continuerait à permettre aux créateurs de modèles, aux développeurs et aux utilisateurs de téléverser et de télécharger les modèles et jeux de données de leur choix, et à soutenir d'autres fabricants de puces ». C'est un engagement pris dans un document réglementaire, pas seulement dans une communication. Il n'est toutefois assorti, à ce stade, d'aucun mécanisme de contrôle public, d'aucune durée et d'aucune sanction : ce sont les autorités de concurrence qui, si elles se saisissent du dossier, pourraient en faire des engagements opposables.
Hugging Face restera une plateforme ouverte pour l'ensemble de l'écosystème de l'IA. Les développeurs choisiront les modèles qu'ils veulent, les frameworks qu'ils veulent, les clouds et fournisseurs d'inférence qu'ils veulent et les plateformes de calcul qu'ils veulent. Le calcul Nvidia ne sera pas requis pour construire sur Hugging Face ou y déployer.
La troisième est la plus intéressante, et elle est passée à peu près inaperçue dans la couverture française : le 8-K ajoute un facteur de risque nouveau, que nous détaillons plus bas. Nvidia y explique à ses propres actionnaires ce qui pourrait faire échouer l'intérêt de l'opération. Ce n'est pas la concurrence : c'est la réglementation des modèles ouverts, et la Chine.
Jensen Huang, PDG de Nvidia, interrogé par CNBC le 3 septembre 2026 sur le rachat de Hugging Face : « les modèles ouverts comptent énormément pour notre entreprise ». Source : CNBC Television, en anglais.

Pourquoi le vendeur est allé chercher l'acheteur

Le récit d'une prédation ne tient pas. Fin 2025, selon le Financial Times cité par TechCrunch, Hugging Face avait refusé un investissement de 500 millions de dollars de Nvidia sur une valorisation d'environ 7 milliards, en expliquant ne pas vouloir d'un investisseur dominant capable de peser sur ses décisions. Neuf mois plus tard, c'est Clément Delangue qui a pris l'initiative. Dans son message publié sur X le 3 septembre et cité par TechCrunch, le cofondateur explique que pour que l'IA ouverte « se produise à plus grande échelle, il faut plus de calcul, plus de soutien, plus de collaboration et plus de visibilité. C'est pourquoi nous sommes allés parler à Jensen, qui a proposé de faire exactement cela avec nous ». Jensen Huang, dans son billet, dit la même chose de l'autre côté : « Clem est venu me voir ». Les chiffres expliquent le calendrier. Hugging Face n'a levé que 395 millions de dollars en dix ans, le dernier tour datant de 2023 (235 millions, valorisation 4,5 milliards). Son chiffre d'affaires annualisé était estimé à environ 150 millions de dollars par The Information en août — ce qui met le prix à plus de 85 fois le revenu, un ordre de grandeur que France Épargne rappelle utilement ne pas être un multiple audité, la société n'étant pas cotée. À ce niveau de valorisation, une levée classique était difficile ; une cession à l'acteur qui vend déjà le matériel sur lequel tournent la quasi-totalité des modèles ouverts était l'issue la plus simple. La lecture française s'est concentrée sur ce que ce parcours dit du capital-risque national. Maddyness a reconstitué la table de capitalisation : Lux Capital, Addition, Sequoia, Coatue, puis Salesforce, Google, Amazon, Nvidia, Intel, AMD, Qualcomm et IBM en 2023 — aucun fonds de capital-risque français dans les tours publics, seulement des investisseurs individuels comme Olivier Pomel (Datadog) et Florian Douetteau (Dataiku). Le ministre de l'Économie Roland Lescure, cité par l'AFP, en a tiré une phrase : « Si nous n'avons pas assez de capitaux en Europe pour amener nos champions à l'étape suivante, ils iront chercher ces capitaux ailleurs ». Nous avons documenté la même mécanique il y a une semaine pour Pasqal, cotée au Nasdaq via un SPAC : une opération vaut à elle seule toutes les levées de fonds des Hauts-de-France en 2025. Ici, le rapport est d'un autre ordre : 11,1 milliards d'euros contre 311,9 millions levés par les 50 entreprises régionales recensées par HDFID en 2025, soit près de 36 fois.

L'angle Hauts-de-France : OVHcloud vend son inférence sur une vitrine qui change de propriétaire

Hugging Face n'est pas seulement une bibliothèque de fichiers. Depuis début 2025, la plateforme opère un service appelé Inference Providers : sur la page de chaque modèle, l'utilisateur peut l'exécuter directement, sans rien installer, chez l'un des fournisseurs de calcul partenaires. La documentation officielle en liste dix-neuf au 5 septembre 2026 : Baseten, Cerebras, Cohere, DeepInfra, Fal AI, Featherless AI, Fireworks, Groq, HF Inference, Novita, Nscale, OVHcloud AI Endpoints, Public AI, Replicate, Scaleway, Together, WaveSpeedAI et Z.ai. Deux sont français (OVHcloud et Scaleway) ; un seul a son siège dans les Hauts-de-France. OVHcloud a rejoint ce programme le 24 novembre 2025, par un billet cosigné par trois de ses ingénieurs sur le blog de Hugging Face. L'offre est simple : des modèles ouverts servis depuis des centres de données européens, facturés au jeton à partir de 0,04 euro le million, avec un premier jeton en moins de 200 millisecondes. Le billet insiste sur la « souveraineté des données » et la conformité au RGPD — l'argument commercial du nuagiste roubaisien depuis des années, que nous avons retrouvé dans le dossier SecNumCloud il y a une semaine. Le mécanisme de facturation est ce qui rend le rachat concret. La documentation décrit deux modes. En « clé personnelle », l'utilisateur apporte sa propre clé OVHcloud et paie OVHcloud directement ; Hugging Face n'est qu'un annuaire. En « routage par Hugging Face », l'utilisateur n'a pas besoin de compte chez le fournisseur : la requête passe par Hugging Face, qui la refacture au tarif du fournisseur « sans majoration », et — c'est écrit dans le billet d'OVHcloud lui-même — « à l'avenir, nous pourrions établir des accords de partage de revenus avec nos fournisseurs partenaires ». Ce « nous » désigne, à partir du closing, une filiale de Nvidia.
Modèle routé vers OVHcloudÉditeurPays
Qwen3.8-27BAlibaba (Qwen)Chine
Qwen3.6-27BAlibaba (Qwen)Chine
Qwen3.5-397B-A17BAlibaba (Qwen)Chine
Qwen3.5-9BAlibaba (Qwen)Chine
Qwen2.5-VL-72B-InstructAlibaba (Qwen)Chine
gpt-oss-120bOpenAIÉtats-Unis
gpt-oss-20bOpenAIÉtats-Unis
Llama-3.3-70B-InstructMetaÉtats-Unis

Les huit modèles pour lesquels Hugging Face propose OVHcloud comme fournisseur d'inférence au 5 septembre 2026, relevés par la rédaction via l'interface de programmation publique de la plateforme (filtre inference_provider=ovhcloud). Le catalogue complet d'OVHcloud AI Endpoints, accessible directement chez le nuagiste, compte plus de quarante modèles ; seuls ceux-ci sont exposés sur Hugging Face. La liste évolue quotidiennement.

Le tableau dit deux choses. D'abord, l'exposition d'OVHcloud sur Hugging Face est modeste : huit modèles, quand Together ou Fal AI en proposent des dizaines. La vitrine compte plus que le volume. Ensuite, cinq des huit modèles sont d'Alibaba. Ce n'est pas une anomalie roubaisienne : c'est la réalité du marché des modèles ouverts, que nous décrivions le 8 août à propos de Qwen3.8-Max. Et c'est exactement le risque que Nvidia signale elle-même à la SEC.

Le risque que Nvidia signale à ses actionnaires : la Chine, et la loi

Le 8-K contient un paragraphe intitulé « Les restrictions gouvernementales pourraient nuire à notre activité et à la plateforme Hugging Face ». Il mérite d'être lu en entier, parce qu'il est plus franc que tout ce que les deux entreprises ont dit en public.
Beaucoup des modèles open source les plus populaires et les plus réussis au monde ont pour origine la Chine, puis sont téléchargés, révisés, affinés et testés par des développeurs aux États-Unis et dans le monde entier. Tout contrôle réglementaire ou autre restriction qui limiterait notre capacité à fournir des produits et services prenant en charge des modèles issus de n'importe quelle région, y compris la Chine, pourrait avoir un impact significatif sur la plateforme Hugging Face, ainsi que sur notre activité, nos résultats d'exploitation et notre situation financière.
Le même paragraphe indique que « d'autres parties font activement pression sur le gouvernement américain et d'autres parties prenantes dans le monde pour adopter des mesures législatives ou réglementaires qui restreindraient ou désavantageraient les modèles open source ». C'est la suite directe de la lettre « Open Weights and American AI Leadership » que Jensen Huang avait publiée le 24 juillet, et à laquelle Hugging Face s'était ralliée. Le rachat est, entre autres, une manière de peser dans ce débat avec 18 millions de développeurs derrière soi. Pour une entreprise des Hauts-de-France, la conséquence est à double détente. Une PME qui fait tourner un Qwen chez OVHcloud à Gravelines ne dépend d'aucune loi chinoise : les poids sont publiés, le calcul est en France, la licence est stable. Mais elle dépend désormais d'une plateforme de distribution américaine, détenue par un groupe américain, qui déclare à son régulateur que sa capacité à continuer de distribuer des modèles chinois est un risque. Si Washington restreint un jour la distribution de ces modèles, la vitrine peut se vider avant que les poids ne disparaissent. C'est la raison pour laquelle la première des vérifications ci-dessous concerne la copie locale.

Six vérifications pour une PME régionale dont un outil dépend de Hugging Face

Rien ne change avant le closing, prévu au premier semestre 2027 — et la loi interdit d'ailleurs à Nvidia d'exercer le contrôle avant les autorisations. Mais la période d'attente est le bon moment pour faire l'inventaire. Ces six points valent pour les quelque 17 522 entreprises du numérique recensées dans la région (chiffres 2021 relayés par EuraTechnologies, dont 95 % de PME), et pour toute entreprise dont un prestataire a construit un outil « sur Hugging Face ».
  • Savoir ce qu'on utilise. Demander au prestataire, ou à l'équipe technique, la liste des modèles téléchargés depuis Hugging Face, avec leur identifiant exact (par exemple Qwen/Qwen3.8-27B) et leur licence. La question « et si ce modèle disparaît de la plateforme demain ? » doit avoir une réponse écrite.
  • Conserver une copie locale des poids. Un modèle ouvert téléchargé reste utilisable quoi qu'il arrive à la plateforme, tant que sa licence le permet. Les licences Apache 2.0 et MIT, les plus courantes sur Qwen et gpt-oss, ne peuvent pas être révoquées rétroactivement. Une archive datée sur un stockage maîtrisé coûte quelques dizaines de gigaoctets.
  • Distinguer le fichier du service. Télécharger un modèle et l'exécuter chez OVHcloud ou sur ses propres machines n'implique pas Hugging Face après le téléchargement. Utiliser l'inférence « routée par Hugging Face » l'implique à chaque requête. Pour un usage en production, la clé directe chez le fournisseur d'inférence — OVHcloud, Scaleway ou autre — retire un intermédiaire, et donc un changement de conditions possible.
  • Relire les conditions d'utilisation à la date du closing. Les conditions actuelles de Hugging Face sont celles d'une société new-yorkaise indépendante. Un changement de contrôle autorise généralement leur révision. Le point à surveiller n'est pas le prix, mais les clauses de résiliation de compte et de retrait de contenu.
  • Vérifier où sont hébergés ses propres modèles et jeux de données. Une entreprise qui a publié un modèle affiné ou un jeu de données sur Hugging Face — c'est fréquent dans les laboratoires universitaires et chez les intégrateurs — doit s'assurer d'en avoir la copie de référence ailleurs, et savoir quelle licence elle a accordée. Ce qui est publié sous licence ouverte le reste ; ce qui est privé dépend des conditions du service.
  • Reprendre le dossier sécurité. Hugging Face a subi en juillet 2026 une intrusion pilotée par des agents d'OpenAI via son pipeline de jeux de données. Le rachat ne règle pas cette question ; il la déplace chez un nouveau responsable. Un jeu de données ou un modèle téléchargé doit être traité comme du code tiers : vérifié, isolé, versionné.
« Nvidia qui rachète Hugging Face : la France à la traîne sur l'IA ? » — débat sur le plateau de Boursorama, 4 septembre 2026. Source : Boursorama, en français. Émission d'un média financier, intégrée pour le débat sur le capital, pas pour les faits techniques.

Contrôle des concentrations : le dossier peut passer entre les mailles européennes

Le 8-K conditionne la clôture aux « autorisations réglementaires requises ». Lesquelles ? À la date du 5 septembre, ni Nvidia ni Hugging Face n'ont dit devant quelles autorités le dossier serait déposé. Deux éléments permettent d'y voir plus clair, et ils vont dans le sens inverse de ce que le montant suggère. Le premier est le seuil européen. Le règlement (CE) n° 139/2004 donne compétence à la Commission lorsque, entre autres conditions, au moins deux des entreprises concernées réalisent chacune plus de 250 millions d'euros de chiffre d'affaires dans l'Union. Avec environ 150 millions de dollars de revenus mondiaux, Hugging Face en est vraisemblablement loin. Le second est le seuil français. L'article L. 430-2 du Code de commerce exige un chiffre d'affaires en France supérieur à 50 millions d'euros pour au moins deux des parties — et, selon l'analyse publiée le 27 août par un cabinet d'avocats parisien, ce seuil a été relevé à 80 millions par la loi n° 2026-403 du 26 mai 2026 pour les opérations notifiées à compter du 1er septembre 2026. Nous n'avons pas pu vérifier ce point directement, le site Légifrance refusant nos requêtes automatisées ; nous le rapportons comme une analyse de praticien. Dans les deux cas, la conclusion est la même : sur les seuls chiffres d'affaires, l'opération pourrait ne pas être notifiable en Europe. Cela ne signifie pas absence de contrôle. La Cour de justice de l'Union européenne a jugé en mars 2023 (affaire Towercast) qu'une concentration sous les seuils peut encore être examinée au titre de l'abus de position dominante ; et Nvidia a un précédent — l'abandon en 2022 du rachat d'Arm, à 40 milliards de dollars, face aux autorités américaine, britannique, européenne et chinoise, sur un raisonnement voisin : une infrastructure dont dépend toute une industrie ne devrait pas appartenir à l'un de ses concurrents. Reste enfin le contrôle des investissements étrangers en France (article L. 151-3 du Code monétaire et financier), qui s'applique à l'activité française d'une cible et non à sa nationalité : Hugging Face emploie une partie importante de ses équipes en France, et l'intelligence artificielle figure parmi les technologies critiques du décret. Si Bercy voulait obtenir des engagements sur l'emploi ou la recherche en France, c'est ce levier-là qui existe — pas le droit de la concurrence.

Repères : ce que Hugging Face est, et n'est pas

  • Une société américaine depuis l'origine. Hugging Face, Inc. a été fondée à New York en 2016 par Clément Delangue, Julien Chaumond et Thomas Wolf. « Franco-américaine » désigne ses fondateurs et une partie de ses équipes, pas son droit applicable : le rachat ne fait pas passer la plateforme sous juridiction américaine, elle y était déjà.
  • Une bibliothèque et un hébergeur, pas un laboratoire. La valeur de Hugging Face tient à Transformers, sa bibliothèque logicielle devenue standard, et à l'hébergement des poids publiés par d'autres — Alibaba, Meta, Mistral, OpenAI, les écoles polytechniques suisses. Nvidia y est déjà le premier contributeur (plus de 500 modèles, plus de 250 jeux de données).
  • Un intermédiaire de calcul depuis 2025. Le programme Inference Providers en fait une place de marché où dix-neuf fournisseurs — dont OVHcloud — vendent de l'exécution de modèles. C'est ce rôle-là, et non l'hébergement de fichiers, qui pose la question de neutralité après le rachat.

Ce que nous ne savons pas

  • Quelles autorités seront saisies. Le 8-K parle d'« autorisations réglementaires requises » sans les nommer. Aucune notification à la Commission européenne ni à l'Autorité de la concurrence n'était publiée au 5 septembre.
  • Ce que deviendra le routage par Hugging Face. Le billet d'OVHcloud évoque de futurs « accords de partage de revenus ». Aucun des deux acteurs n'a dit si ces conditions seraient renégociées après le closing. Ni OVHcloud ni Hugging Face n'ont été sollicités pour ce papier, qui repose sur des documents publiés.
  • Le chiffre d'affaires réel de Hugging Face. Les 150 millions de dollars annualisés viennent d'une source de presse (The Information) et ne sont pas audités. Le raisonnement sur les seuils de notification en dépend.
  • Le nombre d'entreprises des Hauts-de-France utilisatrices. Hugging Face ne publie pas de répartition géographique de ses 200 000 entreprises clientes. Le chiffre de 17 522 entreprises du numérique régionales est un périmètre, pas un décompte d'utilisateurs.
  • La position de Hugging Face France. La société emploie une partie de ses équipes à Paris. Aucune information n'a été publiée sur le sort de la filiale française, ni sur une consultation des représentants du personnel.

Questions fréquentes

Les modèles que j'ai téléchargés sur Hugging Face vont-ils devenir payants ?

Non pour ceux que vous avez déjà téléchargés : un modèle ouvert sous licence Apache 2.0 ou MIT reste utilisable, la licence ne pouvant être retirée rétroactivement. Pour les téléchargements futurs, Nvidia s'est engagée dans son dépôt à la SEC à maintenir la plateforme ouverte « conformément aux pratiques existantes ». Cet engagement n'a pas de durée ni de sanction publique à ce stade.

OVHcloud va-t-il disparaître de Hugging Face au profit du calcul Nvidia ?

Rien ne l'indique. Nvidia a écrit que son calcul « ne sera pas requis » sur la plateforme et que Hugging Face continuera à « soutenir d'autres fabricants de puces » et le « multi-cloud ». OVHcloud est d'ailleurs lui-même un client de Nvidia pour ses cartes graphiques. Le point à surveiller est plutôt le classement et la visibilité des fournisseurs sur les pages de modèles, ainsi que les conditions du routage facturé par Hugging Face.

Faut-il migrer maintenant vers une autre plateforme ?

Non. Le closing n'est pas attendu avant le premier semestre 2027 et, jusque-là, Hugging Face reste gérée de façon autonome, la loi interdisant une intégration anticipée. La bonne mesure est l'inventaire : liste des modèles utilisés, copie locale des poids, clé directe chez le fournisseur d'inférence pour la production.

Le rachat fait-il passer mes données sous droit américain ?

Pas davantage qu'avant : Hugging Face, Inc. est une société américaine depuis sa création en 2016 à New York. Ce qui compte pour une entreprise française est l'endroit où le modèle s'exécute. Un modèle exécuté chez OVHcloud, sur ses propres serveurs ou chez un autre hébergeur européen ne transmet rien à la plateforme après le téléchargement.

Pourquoi Nvidia paie-t-elle 86 fois le chiffre d'affaires ?

Parce qu'elle n'achète pas un revenu mais un point de passage : le lieu où 18 millions de développeurs téléchargent les modèles ouverts, dont la quasi-totalité s'exécute sur ses puces. TechCrunch souligne aussi que Hugging Face lui offre un débouché pour revendre de la capacité de calcul non utilisée par ses grands clients cloud. À 12,9 milliards, l'opération représente moins de 0,3 % de la capitalisation boursière de l'acquéreur.

Sources et méthode

Tous les constats sont datés du 5 septembre 2026. Les citations en anglais sont traduites par la rédaction. La conversion en euros utilise le taux de référence BCE du 4 septembre 2026 (1 EUR = 1,1622 USD). Le décompte des modèles routés vers OVHcloud provient de l'interface de programmation publique de Hugging Face et peut changer d'un jour à l'autre. Aucune sollicitation directe d'OVHcloud, de Hugging Face ni de Nvidia n'a été faite ; le papier repose sur des documents publiés.

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Point d'étape engagé : nous reviendrons sur ce dossier à la première notification publique auprès d'une autorité de concurrence ou du contrôle des investissements étrangers, et au plus tard à la clôture de l'opération, avec un nouveau relevé des fournisseurs d'inférence et de leurs conditions.
— Fin de l'article · #NVIDIA-R · 05/09/2026 —