Pourquoi 90 jours, et pas 180 ou 365
Le format 90 jours s'est imposé pour trois raisons. La première est cognitive : un trimestre est l'horizon naturel d'un comité de direction, calé sur les cycles budgétaires et les indicateurs de pilotage. La deuxième est organisationnelle : 90 jours permettent de produire un livrable concret (charte IA, premier cas d'usage déployé, KPIs IA intégrés au reporting) sans s'épuiser dans une démarche fleuve. La troisième est concurrentielle : à l'échelle de l'AI Act, qui impose une gouvernance documentée pour tout système classé à haut risque, attendre douze mois pour structurer son Codir devient un risque de conformité réel. Le plan se décompose en trois phases de 30 jours, articulées autour d'une logique « Découvrir, Décider, Déployer ». Chaque phase combine un volet pédagogique (faire monter en compétence le Codir), un volet diagnostic (mesurer la maturité IA de l'entreprise) et un volet livrable (produire un artefact mesurable).Jours 1 à 30 : découvrir et acculturer
Le premier mois vise à constituer un socle de connaissances commun et à dresser un état des lieux honnête. Trois actions structurent cette phase. La première est la mise en place d'un parcours de formation court à destination des sept à douze membres du Codir. La Bpifrance Université propose deux modules complémentaires gratuits : « Le rôle du dirigeant dans une organisation transformée par l'IA » (1 h 06) et « IA et transformation des métiers » (45 min). Pour aller plus loin, le programme IA Booster France 2030 prend en charge jusqu'à 50 % du coût d'un parcours certifiant, dans la limite de 5 000 € par dirigeant. La deuxième action est un diagnostic interne basé sur la méthodologie publiée par France Num, qui couvre cinq dimensions : maturité data, infrastructure technique, cas d'usage prioritaires, capital humain, conformité réglementaire. Une PME picarde réalise ce diagnostic en moyenne en deux à trois jours-homme, avec ou sans accompagnement extérieur. La CCI Hauts-de-France propose ce diagnostic gratuitement aux adhérents. La troisième action est l'audit des cas d'usage IA déjà présents — souvent à l'insu du Codir. Il est aujourd'hui rare qu'une PME de plus de 50 salariés n'ait aucun outil IA en activité : ChatGPT pour la communication, Copilot pour la finance, agents conversationnels pour la relation client, modèles de scoring pour le recouvrement. Cartographier ces usages permet d'éviter les « shadow AI » non gouvernés, qui représentent en moyenne 60 % des outils IA effectivement utilisés en entreprise selon un rapport Gartner d'octobre 2025.Jours 31 à 60 : décider et structurer
Le deuxième mois transforme la connaissance en décisions. Quatre livrables sont attendus en fin de séquence. Le premier est une charte IA d'entreprise, document court (deux à quatre pages) qui définit les principes d'usage, les périmètres autorisés, les rôles et responsabilités, les modalités de remontée des incidents. La CNIL publie depuis février 2026 une trame officielle adaptable, qui répond simultanément aux exigences AI Act et RGPD. Le deuxième livrable est la priorisation de deux à quatre cas d'usage à fort ROI sur les douze prochains mois. La méthode recommandée combine un scoring sur trois axes : valeur attendue (gain net annuel projeté), faisabilité (qualité de la donnée disponible, maturité de la solution) et risque (impact AI Act, exposition RGPD, dépendance fournisseur). Pour une PME industrielle de la Picardie, les cas d'usage qui ressortent le plus souvent sont la maintenance prédictive sur les lignes de production, l'automatisation des devis complexes, la pré-paie et le service client multilingue. Le troisième livrable est la nomination d'un référent IA — souvent un membre existant du Codir, parfois un recrutement spécifique pour les ETI. Ce référent porte la déclinaison opérationnelle de la charte, anime un comité IA mensuel, et représente l'entreprise dans les écosystèmes externes (pôle Hubmaa Métiers Hauts-de-France, French Tech Grand Est, IRT SystemX, programme IA Booster). Pour les entreprises de moins de 100 salariés, ce rôle prend en moyenne 0,2 ETP. Le quatrième livrable est le budget IA dédié pour les douze prochains mois. La pratique observée par Bpifrance situe ce budget autour de 1,5 % à 3 % du chiffre d'affaires pour une PME en phase d'amorçage IA, et 4 à 6 % pour une ETI en accélération. Les dispositifs publics permettent souvent de cofinancer 30 à 50 % de cet effort : crédit impôt recherche, IA Booster France 2030, fonds régional de transformation numérique opéré par la Région Hauts-de-France.Jours 61 à 90 : déployer et mesurer
Le troisième mois engage le passage à l'action. Le premier chantier est le lancement d'un cas d'usage pilote, choisi parmi les priorités identifiées au mois 2. Le pilote doit être suffisamment confiné pour produire un résultat en quatre à six semaines, mais suffisamment représentatif pour acculturer les opérationnels. Pour une PME logistique de la région Amiens-Beauvais, un pilote typique consiste à automatiser le traitement des bons de transport entrants par OCR + LLM, avec un objectif mesurable de 40 % de temps de saisie en moins. Le deuxième chantier est la mise en place d'un dashboard IA mensuel intégré au reporting Codir. Quatre familles d'indicateurs minimales : adoption (utilisateurs actifs, requêtes par utilisateur), valeur (gain de temps, économies, revenus additionnels), qualité (taux d'erreur, taux de satisfaction utilisateur), conformité (incidents signalés, audits réalisés). L'enjeu n'est pas la sophistication des KPIs, mais leur mensualisation. Le troisième chantier est l'engagement d'une démarche de labellisation ou de certification, qui sécurise le récit IA face aux clients et aux investisseurs. Plusieurs labels coexistent en 2026 : le label Numérique Responsable de l'Institut du Numérique Responsable, la certification AFNOR « IA digne de confiance » alignée sur l'AI Act, et le label régional IA-HdF lancé par Hubmaa Métiers et la Région en mars 2026. À l'issue des 90 jours, le Codir présente en revue annuelle un bilan articulé autour de cinq questions simples : qu'avons-nous appris collectivement ? Quels usages ont été cartographiés ? Quelle charte avons-nous publiée ? Quel cas d'usage avons-nous déployé ? Quels indicateurs suivons-nous désormais en routine ? Si ces cinq questions trouvent une réponse documentée, la transition est engagée.Vidéo : le parcours IA Booster expliqué par Bpifrance Université
La présentation officielle du parcours IA Booster détaille les modules, les financements et les modalités d'accès. Elle constitue une ressource utile pour cadrer l'animation de la phase 1 du plan 90 jours auprès du comité de direction.Erreurs fréquentes à éviter
Trois erreurs reviennent dans les retours d'expérience compilés par la communauté France Num. La première est de confondre acculturation et formation technique : un membre de Codir n'a pas besoin de savoir programmer un agent, il a besoin de savoir poser les bonnes questions à ses équipes et à ses fournisseurs. La deuxième est de déléguer entièrement à la DSI : la transformation IA est un sujet de comité de direction, pas un sujet d'infogérance. La troisième est de viser un cas d'usage trop ambitieux dès le pilote : un projet de 18 mois lancé dès la semaine 8 produit presque toujours une déception. À l'inverse, les démarches qui réussissent partagent trois traits. Elles sont sponsorisées par le DG en personne, et non déléguées. Elles articulent un livrable mesurable par phase (charte, priorisation, déploiement). Et elles prévoient un point d'étape mensuel court, factuel, qui empêche le sujet IA de retomber dans le bruit de fond opérationnel.Foire aux questions
Le plan 90 jours est-il adapté à une TPE de moins de 20 salariés ?Oui, en version compacte. Une TPE peut typiquement boucler les trois phases en six à huit semaines, sans Codir formel mais avec un binôme dirigeant + responsable technique. Le diagnostic France Num et l'IA Booster restent accessibles. Faut-il recruter un DSI ou un Chief AI Officer ?
Pas systématiquement. Pour une PME de 50 à 250 salariés, un référent IA interne à 0,2 ou 0,3 ETP suffit dans la majorité des cas, à condition d'être correctement épaulé par un partenaire externe (ESN régionale, cabinet conseil, expert indépendant). Le recrutement d'un Chief AI Officer ne se justifie en général qu'au-delà de 500 salariés. Quels financements publics pour ce plan ?
Trois principaux. Le programme IA Booster France 2030 cofinance les diagnostics et formations dirigeants jusqu'à 50 %. Les OPCO (Opérateurs de Compétences) prennent en charge la formation technique des équipes. Le crédit d'impôt recherche couvre les dépenses de R&D liées au développement d'un cas d'usage IA original. Comment intégrer l'AI Act dans le plan 90 jours ?
Trois leviers concrets : la charte IA documente les obligations applicables, le référent IA tient à jour la liste des systèmes utilisés en interne avec leur classement (risque minimal, limité, élevé), et le dashboard mensuel intègre un indicateur de conformité. Pour les PME, l'AI Act se traduit principalement par une obligation d'information des salariés et d'analyse d'impact lorsque l'IA touche au recrutement, à la paie ou à l'évaluation. Où trouver un accompagnement de proximité en Hauts-de-France ?
Quatre points d'entrée. La CCI Hauts-de-France pour le diagnostic numérique. La French Tech Hauts-de-France pour la mise en réseau startups/PME. La cellule IA Booster opérée par Bpifrance Lille pour le cofinancement. Et le pôle Hubmaa Métiers, qui regroupe centres de R&D régionaux et démonstrateurs IA depuis l'IRT IUMI à Compiègne.