## Une course mondiale où les startups spécialisées trouvent leur place
Le marché des puces dédiées à l'intelligence artificielle dépassera 150 milliards de dollars en 2027 selon les projections de Gartner publiées en mars 2026, contre environ 65 milliards en 2023. Nvidia capte aujourd'hui plus de 80 % des ventes de GPU data center, mais des acteurs plus petits se positionnent sur des segments précis : inférence à faible consommation, calcul haute performance pour la recherche, puces spécialisées pour l'edge computing industriel. Syenta annonce vouloir fabriquer des wafers à une vitesse dix fois supérieure à la production traditionnelle grâce à une technologie d'impression électrochimique. Cette approche de rupture rappelle ce que tentent Cerebras aux États-Unis ou Graphcore au Royaume-Uni. En Europe, l'EU Chips Act entré en vigueur en 2023 mobilise 43 milliards d'euros pour doubler la part européenne de la production mondiale de semi-conducteurs d'ici 2030, en la portant à 20 %. Les premiers résultats apparaissent : inauguration de la fab STMicroelectronics-GlobalFoundries à Crolles en 2025, annonce de l'extension d'Infineon à Dresde, projet de ASML à Eindhoven. La France a capté environ 15 % des financements européens sur ce programme selon un point d'étape publié par Bercy en février 2026.## SiPearl : la pièce française du puzzle exascale
SiPearl, fondée en 2019 par Philippe Notton, conçoit Rhea1, le premier microprocesseur européen haute performance pour supercalculateurs exascale. Rhea1 équipera Jupiter, le supercalculateur européen installé au Forschungszentrum Jülich en Allemagne et opéré par EuroHPC. La société a levé 130 millions d'euros en série A en 2023, puis 90 millions supplémentaires fin 2025 auprès du French Tech Souveraineté et d'Arm Holdings. Elle emploie plus de 200 ingénieurs entre Maisons-Laffitte, Grenoble, Sophia-Antipolis et Barcelone. Le positionnement de SiPearl est notable : la société conçoit mais ne fabrique pas. Les puces Rhea1 sont gravées chez TSMC en 6 nanomètres, ce qui illustre la dépendance européenne persistante vis-à-vis des fonderies asiatiques. Cette architecture fabless réduit les besoins en capital initial tout en mobilisant un écosystème de sous-traitance régional pour les phases de test, de packaging et de validation.## Quelle contribution possible depuis les Hauts-de-France
La région Hauts-de-France ne dispose pas d'un acteur comparable à SiPearl, mais son tissu industriel offre plusieurs leviers. Le pôle IRT Railenium à Valenciennes travaille sur les systèmes embarqués pour le ferroviaire, qui consomment désormais des puces spécialisées pour la maintenance prédictive. Le cluster EuraMaterials à Tourcoing regroupe 150 entreprises sur les matériaux avancés, dont plusieurs fournissent des substrats et des procédés d'assemblage pour l'électronique de puissance. La gigafactory Verkor de Dunkerque intègre déjà des systèmes de contrôle de charge qui reposent sur des semi-conducteurs de puissance conçus en France par STMicroelectronics. Trois orientations pourraient consolider cette contribution régionale. D'abord, structurer un programme formations autour des métiers du packaging et du test, moins capitalistiques que la fabrication en salle blanche mais stratégiques pour raccourcir les chaînes logistiques. Ensuite, flécher une partie des fonds France 2030 régionaux vers des démonstrateurs edge computing pour l'industrie, en lien avec les filiales ArcelorMittal, Toyota ou Alstom implantées localement. Enfin, créer un guichet unique régional pour accueillir des sous-traitants asiatiques ou américains qui cherchent à relocaliser une partie de leur activité packaging en Europe.## Les obstacles bien identifiés
La souveraineté complète reste hors de portée à court terme. Une fab en 3 nanomètres coûte entre 15 et 20 milliards d'euros, soit environ 40 % du budget total de l'EU Chips Act pour un seul site. Le ticket d'entrée sur la conception de puces haut de gamme se chiffre en centaines de millions, avec des cycles de 3 à 5 ans entre la première levée et la livraison du premier silicium fonctionnel. La disponibilité des talents constitue le second goulet : l'Europe forme environ 5 000 ingénieurs en conception de circuits intégrés par an, contre 25 000 à Taïwan et 40 000 en Chine selon une étude de la Commission européenne datée de janvier 2026. Reste que la trajectoire est enclenchée. Le plan France 2030 consacre 5,4 milliards d'euros aux semi-conducteurs, dont 2,9 milliards déjà engagés fin 2025. La prochaine étape pour l'écosystème français consiste à faire émerger deux ou trois acteurs additionnels capables de suivre la trajectoire de SiPearl, en visant en priorité les marchés automobile, défense et télécommunications où la pression géopolitique rend la dépendance asiatique intenable.## FAQ
### Qu'est-ce qu'une puce IA ?
Une puce IA est un circuit intégré optimisé pour exécuter les calculs matriciels et tensoriels utilisés par les réseaux de neurones. Elle peut prendre la forme d'un GPU (Nvidia, AMD), d'un TPU (Google), d'un NPU pour terminaux mobiles ou de processeurs spécialisés pour data centers comme ceux de Cerebras ou Graphcore.### Pourquoi l'Europe est-elle en retard sur les semi-conducteurs ?
L'Europe n'a jamais investi autant que les États-Unis, Taïwan ou la Corée dans la fabrication en salle blanche. Le tournant fabless pris par STMicroelectronics et NXP dans les années 2000 a laissé les fonderies de pointe à TSMC et Samsung. L'EU Chips Act cherche aujourd'hui à combler ce retard.### SiPearl fabrique-t-elle ses puces en France ?
Non, SiPearl est une société de conception fabless. Ses puces Rhea1 sont fabriquées par TSMC à Taïwan en technologie 6 nanomètres. Les phases de test, de packaging et de validation mobilisent en revanche des partenaires européens et français.### Quels métiers des puces peuvent se développer en Hauts-de-France ?
Le packaging, le test, l'assemblage et la conception de circuits pour applications ferroviaires, automobiles et industrielles constituent les leviers les plus réalistes. La région dispose d'un tissu industriel et d'IRT capables de soutenir ces activités sans exiger d'investissement en fab.### Où se former aux métiers des semi-conducteurs en France ?
Les écoles Phelma Grenoble INP, Télécom Paris, l'INSA Lyon et ISEP à Paris proposent des cursus spécialisés. Le plan France 2030 finance également le Grand Défi Électronique porté par l'Université Grenoble Alpes pour former 15 000 ingénieurs et techniciens d'ici 2030.## Pour aller plus loin
- - Site officiel SiPearl : https://sipearl.com
- - EU Chips Act : https://commission.europa.eu/strategy-and-policy/priorities-2019-2024/europe-fit-digital-age/european-chips-act_en
- - Bpifrance Big Media : https://bigmedia.bpifrance.fr