La semaine de la robotique en 6 chiffres
- 28 juillet 2026 : la FCC ajoute les robots humanoïdes, quadrupèdes et AMR « fabriqués à l'étranger » à sa liste d'équipements interdits d'importation.
- 2 kg et 200 kbit/s : les seuils de poids et de connectivité réseau à partir desquels un robot entre dans la définition américaine de « dispositif robotique avancé ».
- 14 000 : le nombre de robots Skypod vendus par Exotec depuis sa création en 2015, selon les chiffres communiqués par l'entreprise en février.
- 340 millions d'euros : le chiffre d'affaires réalisé par Exotec en 2025, avec 1 200 salariés dans le monde dont 700 regroupés à Wasquehal.
- 200 : le nombre de sites logistiques équipés par Exotec dans le monde, pour des clients comme Carrefour, Decathlon, Gap, Uniqlo, Pepsi ou Renault.
- ≈ 200 exemples : le volume de démonstrations nécessaires, selon Google, pour adapter son modèle Gemini Robotics On-Device 2 à un robot d'une forme entièrement nouvelle.
Ce que Washington vient d'interdire, précisément
La décision, annoncée le 28 juillet et détaillée dans le document publié par la FCC, s'inscrit dans la continuité de la politique américaine de sécurisation des chaînes d'approvisionnement : après les semi-conducteurs, les équipements télécoms et certains composants énergétiques, ce sont les robots qui rejoignent la Covered List, la liste des équipements dont l'importation est bloquée. Selon Le Monde Informatique, sont concernées les machines dotées d'un « dispositif robotique avancé » : robots humanoïdes, quadrupèdes, mais aussi AMR — les robots mobiles autonomes qui peuplent les entrepôts modernes. Quatre critères cumulatifs définissent ces machines : des capacités de locomotion, de contournement d'obstacles ou de navigation ; la possibilité d'être commandées à distance ou de réagir à des données de capteurs ; un poids supérieur à 2 kilogrammes ; et l'intégration d'un capteur d'environnement associé à une connectivité réseau d'au moins 200 kbit/s. Autrement dit, une définition assez large pour englober la quasi-totalité de la robotique mobile professionnelle actuelle. La mesure ne s'applique dans un premier temps qu'aux nouveaux modèles n'ayant pas encore obtenu leur certification commerciale — mais les autorités américaines se réservent le droit de retirer les autorisations déjà accordées. D'après Quartz, la décision fait suite à une détermination de sécurité nationale interagences de la Maison-Blanche. L'argumentaire est connu : des robots connectés, bardés de capteurs et pilotables à distance pourraient servir à l'espionnage industriel, à la collecte d'informations sensibles ou à la perturbation d'infrastructures critiques. Les premiers visés sont les industriels chinois, à commencer par Unitree, devenu l'un des leaders mondiaux du robot humanoïde grâce à des prix très agressifs — au point, note Le Monde Informatique, que l'interdiction pourrait ralentir la recherche américaine elle-même, en fragilisant des collaborations comme celle entre Nvidia et Unitree.Exotec, 14 000 robots, un bureau à Atlanta : pourquoi la région est en première ligne
Vue des Hauts-de-France, cette décision n'a rien d'abstrait. Depuis février, Exotec a regroupé 700 salariés — conception, production et fonctions support — dans son nouveau siège mondial de Wasquehal, l'Imaginarium, au cœur de la métropole lilloise. Comme le rappelait Maddyness avec l'AFP lors de l'inauguration, l'entreprise fondée en 2015 est la seule licorne française de la robotique : ses Skypods, des robots manutentionnaires autonomes capables d'aller chercher des produits dans des racks jusqu'à 14 mètres de haut, équipent plus de 200 sites logistiques dans le monde. Chiffre d'affaires 2025 : environ 340 millions d'euros, pour 1 200 salariés et des bureaux à Atlanta, Munich et Tokyo. Atlanta, justement. Le marché nord-américain est l'un des moteurs de croissance d'Exotec, dont la liste de clients — Gap, Pepsi, Uniqlo — dit assez l'exposition aux États-Unis. Ses Skypods sont-ils concernés par la nouvelle interdiction ? À ce stade, rien ne permet de l'affirmer : la mesure cible les nouveaux modèles non certifiés, la presse spécialisée s'accorde sur le fait qu'elle vise d'abord les fabricants chinois, et l'application concrète des quatre critères à un robot qui évolue dans des racks plutôt que sur le sol d'un entrepôt relève des juristes. Mais le texte, tel que le décrit Le Monde Informatique, couvre « officiellement l'ensemble des robots de pointe fabriqués à l'étranger ». Pour un industriel qui fabrique en France et vend aux États-Unis, chaque nouveau modèle pourrait donc se heurter à une procédure de certification devenue instrument de politique commerciale. C'est exactement le genre de dossier qu'un exportateur régional doit désormais suivre ligne à ligne. Le précédent n'est pas isolé : la région a déjà éprouvé cette mécanique de l'onde de choc mondiale qui finit par toucher le tissu local, qu'il s'agisse de la flambée des prix de la mémoire ou des nouveaux modèles d'IA pour la logistique. La robotique d'entrepôt, secteur où la région dispose d'un avantage compétitif rare, entre à son tour dans le champ des rivalités géopolitiques.L'autre volet passé inaperçu : les onduleurs, angle mort des data centers
Le second volet de la décision américaine est passé plus discrètement : l'interdiction frappe aussi certains onduleurs électriques connectés, ces équipements qui font l'interface entre réseaux électriques, installations photovoltaïques, systèmes de stockage d'énergie et data centers. Les fabricants chinois Huawei et Sungrow, poids lourds du secteur, figurent parmi les entreprises les plus exposées. Pour Washington, la multiplication des infrastructures dédiées à l'IA générative rend ces composants stratégiques : qui contrôle l'onduleur contrôle, en partie, l'alimentation du data center. Là encore, la résonance régionale est directe. Entre les projets de data centers portés par SoftBank autour de Dunkerque, Bosquel et Bouchain et le campus Data4 de Cambrai, les Hauts-de-France sont devenus l'un des principaux territoires d'accueil de ces infrastructures en France. La question que les États-Unis viennent de trancher brutalement — peut-on faire reposer des infrastructures critiques sur des composants connectés dont on ne maîtrise ni le code ni la chaîne de fabrication ? — se posera tôt ou tard aux opérateurs et aux collectivités d'ici, au moment de choisir les équipements électriques de ces sites.Gemini Robotics 2 : pendant que les frontières se ferment, les « cerveaux » accélèrent
L'ironie du calendrier veut que la même semaine, la couche logicielle de la robotique ait fait un bond. Jeudi 30 juillet, Google DeepMind a lancé Gemini Robotics 2, décrit par Generation-NT comme une mise à jour majeure articulée autour de trois modèles. Le premier apporte le contrôle total du corps d'un robot humanoïde, « des pieds au bout des doigts » : dans les démonstrations, l'Apollo 2 de l'américain Apptronik marche, se penche, s'étire et manipule des objets avec une coordination complète, jusqu'à nouer un sac poubelle ou dévisser une ampoule — avec des taux de réussite que Google reconnaît lui-même « largement perfectibles ».La démonstration officielle publiée avec l'annonce : contrôle du corps entier d'un robot humanoïde par Gemini Robotics 2.
Le deuxième modèle, Gemini Robotics ER 2, joue le rôle de cerveau de haut niveau : il analyse les flux vidéo des caméras du robot, décompose une instruction en étapes, gère des séquences de plusieurs minutes impliquant des centaines de décisions et se corrige en cas d'échec. Nouveauté marquante : la collaboration entre robots de types différents — un humanoïde Apollo 2 et un bras Franka F3 Duo peuvent se répartir le travail pour accomplir ce qu'aucune machine ne réaliserait seule. Le troisième, On-Device 2, fonctionne localement, sans connexion internet, et s'adapte à un robot aux formes et capteurs entièrement nouveaux avec environ 200 exemples de mouvements. Google accompagne le tout d'un nouveau banc d'essai de sécurité, ASIMOV-Agentic, qui évalue la capacité du robot à refuser une action dangereuse, à reconnaître son incertitude et à s'arrêter quand un humain s'approche.Seconde démonstration publiée avec l'annonce : plusieurs robots de types différents se répartissent une même tâche.
Pour la logistique et l'industrie régionales, le message est double. D'un côté, des robots polyvalents capables de s'adapter en quelques heures à un nouvel environnement rapprochent le jour où l'automatisation ne sera plus réservée aux grands entrepôts conçus autour d'elle. De l'autre, ces « cerveaux » restent américains, entraînés sur des infrastructures américaines — au moment même où Washington verrouille l'accès à son marché pour les « corps » fabriqués ailleurs. La dépendance se déplace du matériel vers le logiciel, et aucune interdiction d'importation ne règle ce versant-là.Trois scénarios à surveiller pour les entreprises régionales
Premier scénario, la fenêtre commerciale. Si les fabricants chinois sont durablement freinés sur le marché américain, les acteurs européens installés outre-Atlantique — Exotec en tête — pourraient consolider leurs positions face à des concurrents à bas prix soudain privés de leur principal débouché. Encore faut-il que le « fabriqué à l'étranger » du texte américain ne finisse pas par englober, en pratique, le made in France. Deuxième scénario, l'effet de report. Les volumes chinois qui ne trouveront plus preneur aux États-Unis chercheront d'autres débouchés, et l'Europe est le premier d'entre eux. Pour les PME régionales qui envisagent de robotiser un entrepôt ou un atelier, cela pourrait se traduire par des offres encore plus agressives sur les prix — avec, en contrepartie, les questions de connectivité, de flux de données et de maintenance que les autorités américaines viennent précisément de mettre sur la table. Troisième scénario, la contagion réglementaire. Les États-Unis ont créé un précédent : des machines connectées de plus de 2 kilogrammes considérées comme un enjeu de sécurité nationale. L'Union européenne, dont le règlement sur l'IA franchit dès ce 2 août une nouvelle étape, pourrait être tentée d'ouvrir son propre débat sur la provenance des robots et des onduleurs qui équipent ses usines, ses entrepôts et ses data centers. Les entreprises régionales qui investissent aujourd'hui ont tout intérêt à anticiper ces critères plutôt qu'à les subir.PME : 5 questions à poser avant de robotiser un entrepôt ou un atelier
- Qui fabrique la machine, et où ? La provenance du robot devient un critère de gestion du risque, pas seulement un argument de prix.
- Où transitent les données ? Caméras, capteurs, cartographie de vos locaux : demandez par écrit ce qui est collecté, où c'est hébergé et qui y accède.
- Que se passe-t-il sans réseau ? Un robot pilotable à distance est aussi un robot qui peut être coupé à distance ; vérifiez les modes dégradés et l'existence d'un fonctionnement local.
- Exportez-vous vers les États-Unis ? Si vos produits ou vos process intègrent de la robotique, la conformité de vos équipements peut devenir un sujet contractuel avec vos clients américains.
- Le contrat de maintenance tient-il dans la durée ? Sanctions, interdictions d'importation ou faillite d'un fournisseur lointain peuvent transformer un parc de robots en flotte orpheline : exigez un engagement sur les pièces et le support.
Questions fréquentes
Que vient d'interdire exactement la FCC le 28 juillet 2026 ?
L'importation aux États-Unis des nouveaux modèles de robots humanoïdes, quadrupèdes et robots mobiles autonomes (AMR) fabriqués à l'étranger, ainsi que de certains onduleurs électriques connectés. La mesure ne concerne que les modèles n'ayant pas encore obtenu leur certification commerciale, mais les autorités se réservent le droit de révoquer des autorisations existantes.
Les robots français, comme les Skypods d'Exotec, sont-ils concernés ?
Rien ne l'indique à ce stade : la mesure vise d'abord les fabricants chinois, qui dominent le marché. Mais le texte couvre officiellement l'ensemble des robots de pointe fabriqués hors des États-Unis. Pour un industriel comme Exotec, qui produit à Wasquehal et sert des clients américains depuis son bureau d'Atlanta, la certification de chaque nouveau modèle devient un point de vigilance.
Pourquoi les onduleurs électriques sont-ils visés par la même décision ?
Parce qu'ils font l'interface entre les réseaux électriques, les installations photovoltaïques, le stockage d'énergie et les data centers. Washington les juge stratégiques pour l'alimentation des infrastructures d'IA. Les fabricants chinois Huawei et Sungrow sont les plus exposés. Le sujet concerne aussi les Hauts-de-France, terre d'accueil de plusieurs grands projets de data centers.
Qu'est-ce que Gemini Robotics 2, annoncé la même semaine ?
Une famille de trois modèles d'IA de Google DeepMind lancée le 30 juillet : contrôle complet du corps d'un robot humanoïde, raisonnement de haut niveau avec collaboration entre plusieurs robots, et un modèle embarqué fonctionnant sans connexion, adaptable à un nouveau robot avec environ 200 exemples de mouvements.
Que doit vérifier une PME régionale qui veut robotiser son entrepôt ?
La provenance de la machine, le trajet des données collectées par ses capteurs, l'existence d'un mode de fonctionnement local sans réseau, l'impact éventuel sur ses contrats avec des clients américains et la solidité du contrat de maintenance dans la durée. La décision américaine du 28 juillet fait de ces questions des critères d'achat à part entière.
Sources
- FCC — mise à jour de la Covered List, 28 juillet 2026 (document officiel)
- Le Monde Informatique — « Les États-Unis interdisent l'importation de robots humanoïdes étrangers », 30 juillet 2026
- Quartz — « La FCC interdit l'importation de robots humanoïdes fabriqués à l'étranger », 29 juillet 2026
- Maddyness avec l'AFP — « Robotique : Exotec inaugure son nouveau siège près de Lille », 3 février 2026
- Generation-NT — « L'IA Gemini Robotics 2 donne un corps entier aux robots », 31 juillet 2026
- Google DeepMind — annonce officielle de Gemini Robotics 2 (en anglais)