La réforme en six chiffres
- 11 août 2026 : entrée en vigueur de l'interdiction du démarchage téléphonique sans consentement préalable (loi n° 2025-594 du 30 juin 2025, article 13) — et suppression de Bloctel le même jour.
- 1 an maximum : durée de validité du consentement, révocable à tout moment, y compris oralement.
- 3 ans minimum : durée de conservation des preuves de consentement (date, heure, informations transmises) exigée par la DGCCRF, à fournir au consommateur qui les demande.
- 75 000 € / 375 000 € : amende maximale par appel illicite (personne physique / personne morale), avec publication systématique des sanctions prononcées.
- 4 appels maximum par consommateur sur trente jours, du lundi au vendredi de 10 h à 13 h et de 14 h à 20 h — un cadre inchangé, en vigueur depuis mars 2023 pour les appels autorisés.
- ≈ 11 000 emplois dans les centres de contact externalisés des Hauts-de-France, soit environ 28 % du secteur en France (baromètre EY/SP2C relayé par Nord France Invest).
Ce qui change exactement le 11 août 2026
Le principe devient simple : sans consentement préalable, pas d'appel commercial vers un particulier. Le consentement s'entend, selon le texte, comme une manifestation de volonté « libre, spécifique, éclairée, univoque et révocable ». Concrètement, une case pré-cochée, un accord global noyé dans des conditions générales ou un « oui » arraché au détour d'un autre appel ne suffisent pas : il faut un accord donné en connaissance de cause, pour la prospection téléphonique en particulier, et que le consommateur peut retirer à tout moment — y compris oralement, en cours d'appel. Deux exceptions subsistent, détaillées par BDM à partir des précisions publiées par la DGCCRF le 27 juillet : l'appel lié à un contrat en cours et portant sur son objet (votre opérateur peut vous appeler au sujet de votre abonnement), et la vente d'abonnements à des journaux, périodiques ou magazines. À l'inverse, trois secteurs restent interdits de démarchage en toutes circonstances, consentement ou pas : la rénovation énergétique, l'adaptation des logements à la perte d'autonomie et le compte personnel de formation (CPF). Le service Bloctel, créé en 2016 sur la logique inverse — s'inscrire pour ne plus être appelé —, disparaît le 11 août. Les manquements se signalent désormais sur SignalConso, la plateforme de la DGCCRF. Le cadre horaire, lui, ne bouge pas : pour les appels autorisés, du lundi au vendredi, de 10 h à 13 h et de 14 h à 20 h, et quatre tentatives maximum par consommateur sur trente jours, comme le précise la fiche pratique de Service-Public.fr.Ce que les entreprises devront prouver — et la nuance clé du B2B
Le cœur opérationnel de la réforme tient en deux mots : preuve et traçabilité. La DGCCRF exige un consentement « vérifiable et traçable » : les entreprises doivent conserver au moins trois ans les preuves de chaque accord — date, heure, informations transmises au consommateur — et les fournir à quiconque en fait la demande. Un consentement recueilli en magasin, lors d'un achat ou via un formulaire web reste exploitable, à condition que sa traçabilité soit documentée. En creux, cela condamne une pratique répandue : l'achat de fichiers de « leads » dont personne ne sait précisément quand, comment ni pour qui le consentement a été recueilli. Nuance essentielle pour les dirigeants : la prospection entre professionnels n'est pas concernée par ce nouveau régime. Une PME qui appelle d'autres entreprises pour vendre ses services peut continuer — dans le respect du RGPD et du droit d'opposition. C'est le démarchage des consommateurs, le B2C, qui bascule dans l'opt-in. Pour beaucoup d'entreprises régionales, artisans, courtiers, opérateurs de services à domicile, la question de la semaine est donc : quelle part de mes appels sortants vise des particuliers, et pour combien d'entre eux suis-je capable de produire une preuve de consentement datée ?Pourquoi les Hauts-de-France sont en première ligne
Héritière de la vente par correspondance lilloise, la région est depuis longtemps la capitale française de la relation client à distance. Selon l'état des lieux publié par Nord France Invest à partir du baromètre EY/SP2C, les Hauts-de-France comptent près de 11 000 emplois dans les centres de contact externalisés, dont 8 700 chez les seuls adhérents du SP2C, le syndicat professionnel du secteur — soit environ 28 % des effectifs français. Armatis à Calais, Webhelp et Booking.com à Tourcoing, Majorel à Lens, Dunkerque, Douai ou Saint-Omer : ces implantations structurent des bassins d'emploi entiers, avec, selon la Région, plus de trois emplois sur quatre en CDI. Lors du débat parlementaire de 2025, la filière avait chiffré la menace : jusqu'à 50 000 emplois directs potentiellement fragilisés au niveau national par l'extinction du démarchage non consenti, un chiffre avancé notamment sur Europe 1. La réalité sera plus nuancée : une grande partie de l'activité des centres de contact régionaux relève des appels entrants (service client, assistance, rétention), du B2B ou de la gestion de contrats en cours — trois poches d'activité que la loi ne touche pas. C'est l'outbound « à froid » vers les particuliers, historiquement le segment le plus décrié, qui disparaît de fait du modèle économique. Pour la filière régionale, l'échéance du 11 août accélère une mutation déjà engagée : montée en gamme vers le conseil et la gestion de la relation augmentée par l'IA, appels sortants « consentis » à plus forte valeur (rendez-vous confirmés, suivi de dossier), et redéploiement vers les canaux écrits. Une mutation qui croise une autre échéance réglementaire de ce mois d'août : depuis le 2, les chatbots et agents conversationnels déployés auprès du public doivent se déclarer comme des IA, comme nous le détaillions dans notre article sur l'entrée en application de l'AI Act. Relation client augmentée, oui — mais transparente.PME : comment prospecter des particuliers après le 11 août
Pour les TPE et PME qui vendent aux particuliers, la réforme impose de reconstruire le haut de son entonnoir commercial autour du consentement et de l'attractivité. Premier chantier : transformer chaque point de contact existant — passage en magasin, devis, salon, site web — en occasion de recueillir un consentement propre, spécifique au téléphone, horodaté et archivé dans le CRM. Deuxième chantier : investir les canaux où le client vient à vous. Le référencement et le contenu restent le premier apporteur de demande entrante, dans un paysage lui-même bousculé par les Aperçus IA de Google, activés en France fin juillet. Troisième chantier : outiller la preuve — registre des consentements, horodatage, journalisation — sans nécessairement de gros budget, comme le permettent les outils no-code que nous avons passés en revue. Attention enfin à la gouvernance : qui, dans l'entreprise, est responsable de la conformité des campagnes sortantes ? L'étude Kéa–OpinionWay de juillet montrait que 75 % des entreprises françaises n'ont personne pour piloter leurs sujets numériques sensibles ; le démarchage téléphonique rejoint la liste des dossiers qui ne peuvent plus rester sans pilote, car chaque appel illicite est désormais une amende potentielle.5 vérifications à faire avant le 11 août
- Cartographier ses appels sortants : lesquels visent des particuliers (B2C) ? Lesquels relèvent d'un contrat en cours ou du B2B, non concernés ?
- Purger ses fichiers : supprimer des campagnes tout numéro de particulier sans consentement documenté — y compris les fichiers achetés dont la traçabilité est invérifiable.
- Mettre en place le registre de preuves : date, heure, mention exacte présentée au consommateur, conservation 3 ans minimum, procédure de restitution sur demande.
- Former les équipes et vérifier ses prestataires : scripts d'appel, prise en compte du retrait oral du consentement, clauses contractuelles avec le centre d'appels sous-traitant.
- Basculer le budget vers les canaux consentis : demande entrante (SEO, contenu, avis clients), e-mail et SMS opt-in, rappels sur rendez-vous pris par le client.
FAQ — Fin du démarchage téléphonique : vos questions
La prospection téléphonique B2B est-elle interdite à partir du 11 août 2026 ?
Non. Le nouveau régime de consentement préalable ne s'applique qu'au démarchage des consommateurs (B2C). Une entreprise peut continuer à prospecter d'autres professionnels par téléphone, dans le respect du RGPD, du devoir d'information et du droit d'opposition de la personne appelée.Qu'est-ce qu'un consentement valable au sens de la loi du 30 juin 2025 ?
Une manifestation de volonté libre, spécifique, éclairée, univoque et révocable, donnée avant l'appel et portant précisément sur la prospection téléphonique. Il vaut un an au maximum, peut être retiré à tout moment — y compris oralement — et l'entreprise doit pouvoir en produire la preuve (date, heure, informations transmises) pendant au moins trois ans.Que risque une entreprise qui continue d'appeler sans consentement ?
Jusqu'à 75 000 € d'amende par appel illicite pour une personne physique et 375 000 € pour une personne morale, avec publication systématique des sanctions prononcées. Les consommateurs peuvent signaler les manquements sur SignalConso, la plateforme de la DGCCRF.Bloctel disparaît : que faire en tant que consommateur contre les appels indésirables ?
Plus besoin de s'inscrire nulle part : par défaut, personne ne peut plus vous démarcher sans votre accord. Si vous recevez malgré tout un appel commercial non sollicité après le 11 août, vous pouvez le signaler sur SignalConso et retirer à tout moment un consentement donné par le passé, y compris pendant l'appel.Quels canaux restent ouverts pour toucher des particuliers ?
Tous les canaux fondés sur le consentement ou la démarche du client : e-mail et SMS opt-in, appels liés à un contrat en cours, rappels demandés par le client (formulaire « être rappelé »), et surtout la demande entrante générée par le référencement, le contenu, les avis clients et la recommandation. Trois secteurs restent en revanche totalement interdits de démarchage : rénovation énergétique, adaptation des logements à la perte d'autonomie et CPF.Sources
- economie.gouv.fr — « Ce qui change en août 2026 » (31/07/2026).
- DGCCRF — fiche pratique « Les règles du démarchage téléphonique s'imposant aux entreprises » (27/07/2026).
- Légifrance — loi n° 2025-594 du 30 juin 2025, article 13.
- BDM — « Démarchage téléphonique, fin de Bloctel : ce qui change le 11 août » (31/07/2026).
- Service-Public.fr — actualité consommateurs sur la fin du démarchage non consenti.
- Nord France Invest — état des lieux de la relation client en Hauts-de-France (baromètre EY/SP2C).
- Région Hauts-de-France — « Centres d'appels : ça recrute ! ».