Le venture builder : créer la startup avant le fondateur
Un venture builder, ou startup studio, ne sélectionne pas des startups existantes pour les accélérer. Il identifie un problème de marché, recrute un fondateur ou un duo, fournit le capital initial, l'équipe technique, le design produit, le juridique et la première phase commerciale, puis détache la société une fois qu'elle a démontré sa traction. Le modèle a été popularisé en France par eFounders à partir de 2011, qui a notamment lancé Front, Aircall, Spendesk et Mention. Hexa, sa version actuelle, revendique sur son site avoir co-fondé une trentaine de SaaS B2B représentant plusieurs milliards d'euros de valorisation cumulée. Le contrat type confie au studio entre 30 et 50 % du capital initial, avec un mécanisme de relution progressive du fondateur opérationnel. Ce que Repeat Builders ajoute en Australie n'est donc pas une invention, mais une promesse renouvelée : zéro levée à faire pour le fondateur lors des dix-huit premiers mois. Le studio finance, structure, recrute, et le porteur de projet se concentre sur le go-to-market. Le pari est cohérent dans un climat de capital-risque tendu où les fonds d'amorçage ont durci leurs critères. Pour un fondateur picard, cela soulève une question d'opportunité : peut-on faire la même chose en restant en région, ou faut-il candidater à un studio parisien ?Studios français : Hexa, Founders Future, Antler et écosystème régional
Hexa reste la référence française en SaaS B2B avec un processus de candidature ouvert appelé Hexa Track. Founders Future, fondé par Marc Menasé en 2018, mêle approche venture builder et fonds d'investissement, et accompagne des projets dans la finance, le retail tech et la santé. Antler, présent à Paris depuis 2022, fonctionne en cohorte sur six mois : les fondateurs sélectionnés rejoignent un programme intensif au cours duquel les équipes se forment, les projets se structurent, et un premier tour de 100 000 à 200 000 euros est consenti à la sortie. À une échelle différente, Station F héberge plusieurs programmes de Founders Factory et de fonds d'amorçage qui reproduisent partiellement la mécanique studio. En Hauts-de-France, le format pur du venture builder est plus rare, mais l'écosystème propose des équivalents partiels. Euratechnologies à Lille opère un programme de pré-incubation appelé Booster qui accompagne des projets en amont de la constitution de société, avec un accès à du mentorat technique et à des bureaux. Le programme PEPITE Lille Nord de France, géré par les universités, finance des étudiants entrepreneurs avant la création de leur entreprise. Ces formats ne remplacent pas un Hexa, mais ils permettent à un porteur de projet picard de tester son idée et de rencontrer un futur cofondateur sans quitter la région.Studio, accélérateur, fonds : trois trajectoires distinctes
Un fondateur en Hauts-de-France qui hésite entre les trois voies a intérêt à se positionner d'abord sur son stade de maturité. Le studio convient à un profil qui n'a pas encore d'idée arrêtée mais qui veut bâtir une société rapidement, avec un soutien lourd et une dilution importante. L'accélérateur, comme Techstars, Le Village by CA Nord de France ou Plaine Images Wave, s'adresse à des équipes déjà constituées avec un produit minimal viable et qui cherchent un coup d'accélération sur six à douze semaines, pour environ 5 à 10 % du capital. Le tour d'amorçage classique, levé auprès de business angels, de Finovam Gestion ou de fonds régionaux comme NCI Waterstart, suppose une équipe complète, un produit déjà sur le marché et des premières métriques de traction.- Studio (venture builder) : pas d'idée nécessaire, dilution 30-50 %, 12-18 mois de soutien lourd, ticket implicite 200 à 500 k€
- Accélérateur : équipe et MVP requis, dilution 5-10 %, programme 8 à 16 semaines, ticket 50 à 150 k€
- Amorçage classique : équipe, produit et traction, dilution 15-25 %, ticket 500 k€ à 2 M€, accompagnement plus léger
Lecture pour 2026 : pourquoi les studios reviennent en force
Le contexte 2025-2026 explique le retour en grâce du modèle. Selon le baromètre EY du capital-risque français publié début 2026, les levées d'amorçage en France ont reculé en valeur entre 2023 et 2025, avec un ticket médian qui est passé d'environ 1,8 à 1,3 million d'euros. Les fondateurs solos, sans réseau parisien, mettent désormais six à neuf mois pour boucler un tour quand il en fallait trois en 2021. Dans ce contexte, un studio qui supprime cette friction et garantit une équipe technique opérationnelle est compétitif, même au prix d'une dilution lourde. Côté capitaux, plusieurs fonds régionaux français suivent la tendance. Bpifrance investit indirectement via ses fonds de fonds dans plusieurs studios français et via des co-investissements. Pour un fondateur en Hauts-de-France, la conséquence pratique est qu'il existe désormais davantage d'options structurées, du studio parisien à l'accélérateur lillois, en passant par les programmes universitaires PEPITE. La règle est de partir du stade de maturité du projet, pas de l'attractivité de la marque studio.Questions fréquentes
Quelle est la différence entre un venture builder et un accélérateur ?
Le venture builder crée la société à partir d'une idée du studio et recrute le fondateur, avec une dilution typique de 30 à 50 %. L'accélérateur sélectionne des startups déjà constituées et leur fournit un coup d'accélération sur quelques semaines, contre 5 à 10 % du capital.Un fondateur en Hauts-de-France doit-il candidater à un studio parisien ?
Cela dépend du profil. Si la cible est un SaaS B2B sans cofondateur identifié, oui : Hexa ou Founders Future donnent accès à un réseau et à des moyens difficiles à reproduire en région. Pour un projet déjà cofondé avec une dimension territoriale forte, l'accélérateur Wave à Plaine Images ou Le Village by CA Nord de France est souvent plus pertinent.Quelle dilution accepter dans un studio ?
La pratique de marché française se situe entre 30 et 50 % du capital initial pour le studio, avec un mécanisme de relution du fondateur opérationnel sur trois à cinq ans. Une dilution supérieure à 50 % au moment du détachement est un signal négatif, sauf si le studio finance également les premières années de salaire et l'équipe technique au complet.Bpifrance soutient-elle les venture builders ?
Pas de fonds dédié à ce jour, mais Bpifrance investit indirectement via ses fonds de fonds dans plusieurs studios français et via des co-investissements en série A. Le programme French Tech Next40 / 120 reste le principal levier de visibilité pour les startups issues de studios.Existe-t-il un venture builder en Hauts-de-France ?
Pas au sens strict du terme. Euratechnologies opère le programme Booster qui s'en rapproche pour les projets très amont, et l'incubateur Wave de Plaine Images accompagne des fondateurs dans les industries culturelles et créatives. Les projets SaaS B2B du Nord se tournent en pratique vers les studios parisiens et conservent un établissement secondaire à Lille ou Roubaix.Sources et ressources
- Bpifrance Le Hub : https://lehub.bpifrance.fr/
- Hexa : https://www.hexa.co/
- Euratechnologies : https://www.euratechnologies.com/
- Le Village by CA Nord de France : https://lille.levillagebyca.com/